août 11

RECIT DE SAUVETAGE EN MER par Logan GREIBILL

J’ai 16 ans, régatier en dériveur en IdF et inscrit au YCC, club de voile à Cavalaire où j’ai aussi passé mes permis mer et rivière cet hiver chez Alain et Christine, j’étais à la barre franche du X99 de mon oncle Thierry de retour de l’édition 2011 de la course de l’Edhec, nous étions accompagnés de Anne-Sophie et Vincent, membres de l’équipage régate.

Nous avons essayé de faire un point sur la situation pour voir si un passage entre les balises du chenal n’était malgré tout pas impossible. Mais non, nous devions au moins attendre une remontée de la marée, les vagues étaient trop importantes, risquant de mettre le bateau en travers et d’être culbuté par celles-ci ou au mieux risquant de talonner dans les creux avec notre tirant d’eau d’1,70m. Pourtant un petit bateau moteur semblait emprunter les passes sereinement. Deux heures plus tard se rapprochant de la zone lors d’une boucle de nos ronds dans l’eau, l’état de la mer commençait à se calmer, mais le bateau aperçu précédemment n’avait pas bougé. Alors que nous poursuivions nos rotations tout près des passes, je vis une espèce de tête très foncée émerger de l’eau. Après avoir alerté mon oncle habitué aux objets flottant à la dérive à la sortie du bassin qui m’assura que ce n’était rien, nous avons continué de faire nos ronds dans l’eau, attendant plus de calme par sécurité. Mais dix minutes après un avis du sémaphore nous apprit que trois hommes étaient tombés à la mer d’un bateau qui n’était plus manoeuvrant. La relation fut vite faite avec mon observation précédente et nous sommes retournés sur zone sous grand-voile et moteur. Anne-Sophie aperçu la première au loin l’espèce de « tête foncée ». Arrivé à sa hauteur, s’était en fait un chien de taille moyenne à bout de souffle. Après plusieurs tentatives pour le remonter à bord, c’est avec des sangles passées sous son ventre que nous y sommes parvenus. C’est alors que nous avons entendu un sifflement dans les alentours. J’aperçus au même instant un homme sur le fameux bateau moteur très au loin au beau milieu des vagues déferlantes, nous faisant des signes de détresse. Nous sommes donc partis à la recherche de la source de ces sifflements. Nous avons découvert en route un homme exténué faisant la planche entre deux eaux avec un gilet de sauvetage trop juste pour son poids, sans signe de vie. En se rapprochant l’homme leva une main fébrile. Après plusieurs essais, il fut remonté à bord dans un état total d’épuisement incapable de tout mouvement et dont les paroles n’étaient plus que des sons infimes. Mais les sifflements continuaient plus clairement, provenant d’une zone critique hors du chenal où les vagues déferlaient, un homme dans son gilet luttait contre les vagues dangereuses. En observant le rythme des vagues pour analyser celles qui allaient arriver sur nous, nous décidions de nous porter à son secours. Arrivé sur lui, nous observions que son gilet pas assez serrez dont la flottaison laissait à désirer, était une entrave à ses mouvements, accentuée par son embonpoint, risquant de le perdre à tout moment. Il était impossible de le sortir de l’eau de par son poids supérieur à une centaine de kilos et sans prise fiable. Le danger des vagues était partout autour de nous. C’est donc en le tenant tant bien que mal par les mains les pieds ou par ses vêtements amples que Thierry et Vincent l’ont agrippé le long de la coque, Anne-Sophie et moi à la gîte essayions de tenir le bateau à plat, les vagues se formaient devant nous, pouvant atteindre 8 à 10 mètres de haut. J’ai donc dû rapidement remettre les gaz et tirer hors de cette zone devenue trop dangereuse notre naufragé ainsi maintenu. Arrivé dans une zone plus calme pour ne pas être entraîné par ces vagues monstrueuses, nous avons pu essayer à nouveau de le sortir de l’eau. Sans aide à attendre de notre naufragé exténué pour soulever ses kilos, ce fut un nouvel échec avec écoutes et winch. J’ai donc eu l’idée contraire à nos actions précédentes de tenir le bateau à plat, j’ai demandé de faire gîter le bateau jusqu’à mettre le franc-bord au raz de l’eau pour glisser notre homme entre la filière et le rail de fargue. Mais avant de réussir nous avons dû le débarrasser de son gilet et de son ciré qui entravaient le passage. Il était complètement épuisé, n’arrivait plus à nager et avait pris un coup sur le crâne. Ceci fait j’ai pu regagner le chenal balisé, en sécurité pour observer la situation du bateau non manoeuvrant et du troisième homme en détresse. Les secours n’arrivant toujours pas, nous étions maintenant en pleine marée montante avec plus d’eau mais aussi plus de courant qui levait une grosse houle déferlante hors du chenal, sur les bancs de sable invisibles. Nous avons donc pris la décision de faire demi-tour et d’aller dans la direction du bateau, après avoir mis au chaud au fond du bateau nos deux rescapés et le chien sous la surveillance de nos deux équipiers, fermé le bateau de façon étanche et s’être harnachés mon oncle Thierry et moi. Il m’a repris la barre, nous avons optimisé les réglages voile/moteur pour garder un maximum de puissance et ne par se faire prendre par derrière par les vagues devenues énormes. C’est arrivé à proximité du bateau que nous avons remarqué l’approche des secours. Nous leur avons donc abandonné le sors du bateau et de son occupant un peu rassuré par nos présences. Nous avons continué notre route vers l’intérieur du bassin parallèlement au chenal mais bien loin de lui, sans pouvoir faire demi-tour pour affronter les vagues qui nous poursuivaient. Les surfs se sont alors enchaînés en faisant tout pour rester sur le haut de la vague pour éviter les hauts fonds et rejoindre progressivement le chenal. Le speedo est monté jusqu’à 14 nœuds par moments et nous avons réussi à sortir indemne de cette zone, de l’autre côté de la passe de l’entrée du bassin laissant derrière nous les vagues mangeuses de bateau !Au premier ponton du bassin accessible aux secours nous avons remis nos deux rescapés et leur chien aux pompiers pour un contrôle médical du premier et propriétaire du bateau, pour l’hospitalisation du second en hypothermie. Le bateau désœuvré a été pris en remorque par un bateau semi-rigide des secours après que son passager ait été pris en charge par un secouriste en scooter des mers, venu ensuite nous escorter.

Voici comment s’est terminé pour ces trois hommes et leur chien une banale sortie de pêche hors du bassin d’Arcachon à l’étal de basse mer et surpris au retour par la force des contre-courants et des vagues énormes levées par les hauts fonds. L’une d’elles avait mis leur bateau moteur trop lent en travers, puis presque retourné par la suivante, expédiant par-dessus bord le propriétaire du bateau et l’un de ses amis. Le troisième plus jeune avait eu la force et la souplesse de rester à bord ne sachant pas redémarrer le bateau dont le moteur avait calé submergé par les vagues.

Pour nous quatre, une expérience incroyable, très instructive et formatrice, après de vraies sueurs froides dans le calme et la circonspection sur le choix des décisions à bord ! Très heureux d’avoir pu sortir ces personnes d’une situation extrême où leur vie ne tenait pas à grand chose, auraient-ils tenu jusqu’à l’arrivée des secours sans le passage d’un voilier en mer depuis deux jours, arrivé trop tôt pour entrer dans les passes du bassin à l’étale de marée haute ? Aujourd’hui, tous vont très bien, et nous remercions le propriétaire du bateau moteur de nous avoir retrouvés pour nous remercier d’une caisse de …Bordeaux.

 

 

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